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Le Chansigne

Le Chansigne

Le chansigne

« Traduire
c’est comme tourner une soie brodée :  le recto et le verso sont tous la fleur,  mais la fleur vue de chaque côté est différente de l’autre
».

 

 

Le chansigne est une des disciplines artistiques de la langue des signes, en thème ou en version. Soit, les Sourds créent leur chansigne et le font adapter par des artistes entendants. Soit, les entendants font adapter leurs chansons en chansigne. C’est ce qui est le plus pratiqué aujourd’hui.  Il existe quantité d’approches du chansigne, parlons de celle de notre groupe dans lequel nous avons la chance de travailler avec Bruno, chansigeur sourd.

Adapter une chanson en chansigne est un long processus. Il faut s’imaginer des heures entières passées, Bruno et moi, à réfléchir ensemble sur la meilleure version à offrir au public! Concrètement, voilà dans les grandes lignes comment cela se passe. La traduction de l’article et des illustrations seront proposées ultérieurement, promis!

 

La déverbalisation 

Nous parlons  du texte,  du message qu’il porte. Je raconte le plus simplement du monde ce que j’ai voulu dire dans le texte afin que Bruno comprenne d’où je parle, de qui je parle et pourquoi j’en parle. Je fais le choix délibéré de tout dire pour que Bruno puisse  explorer l’univers intégral de la chanson. De fait, il doit être la personne qui me connaît le mieux au monde !                            

Nous décortiquons ensuite les couplets et les refrains en faisant des focales explicatives sur l’écriture poétique employée. C’est souvent à ce moment-là que je découvre ma propre écriture qui en dit plus que ce que je croyais dire, je prends conscience de la manière dont j’ai pu construire un texte. Chaque traduction est l’occasion d’une redécouverte, j’adore! 

Il reste encore 3 étapes.

 

La reformulation et la synchronisation 

Nous commençons à imaginer des manières de dire en LSF. Bruno a une rythmique interne aussi affutée qu’un métronome alors qu’il n’entend pas. Stylo en main, je lui propose de suivre sur le texte le départ de la musique puis chaque mot chanté les uns après les autres. Au bout d’un couplet, il me répond avec certitude que « C’est un morceau en 3 ou 4 temps et que nous avons la possibilité de proposer « Une phrase signée comprenant entre 3 et  5 signes enchaînés ». Je ne sais toujours pas comment il fait pour le savoir?! C’est un mystère qu’il élucidera peut-être dans un prochain article. 

Une fois qu’il a pu prendre ses repères rythmiques, on discute le temps qu’il faut. Parfois 5 mn, parfois des heures sur l’équivalent à trouver en LSF. En tant qu’autrice, j’ai un style d’écriture assez descriptif. Bruno, en tant que chansigneur à sa propre écriture signée. Ce n’est pas qu’une adaptation, c’est comme une seconde version qui contient la même force mais dîtes autrement. 

La LSF est une langue visuelle gestuelle qui a sa logique propre. En deux mots, c’est proche  d’une scénarisation de film : on positionne d’abord le lieu, le temps puis des actants, enfin des actions entre eux dans ce contexte spatio-temporel ;  on réalise des travelling, des zooms, différents plans pour servir au mieux le propos. Pas simple à comprendre. Disons juste que lorsque je peux évoquer des éléments de sens en fin de couplet en français, ils seront probablement positionnés ailleurs en LSF. Donc, il va exister une forme de réaménagement, de réécriture du texte dans la version signée.

Nous tombons d’accord sur une version d’un passage de la chanson. Nous commençons souvent par les couplets pour finir par le refrain d‘ailleurs! Bruno se lève et commence à déployer dans l’espace l’équivalent d’une ou plusieurs phrases,  histoire de se mettre en main les phrases signées. Ensuite, je chante au rythme le plus réaliste. Au début, il m’observe ( comportement non verbal, intensité de l’émotion..) et il synchronise ou réduit ou augmente sa proposition. Et oui, la LSF est une langue d’une richesse infinie, une langue d’une grande créativité. Sa rythmique interne peut être rapide, lente, accélérée, en mouvement saccadé, scandé, ample, en expression du visage (regard/joue/bouche) millimétrée! Ce moment est le plus émouvant à vivre, quand je vois la dimension visuelle de mon texte et c’est en général ce qui touche le public entendant lors des concerts, même s’ils ne comprennent pas ils perçoivent une émotion, quelques images furtives qui donne une double lecture au propos.

Nous procédons ainsi sur l’ensemble de la chanson en direct ou en différé. Parfois, nous avons besoin de laisser décanter un texte. La synchronisation se fait au fur et mesure de l’appropriation du texte. 

La mise en scène du chansigne et le crash test ! 

 Nous imaginons la manière de partager le chansigne sur scène. Une introduction musicale longue, un intermède ou un solo peuvent être long à vivre pour les Sourds. Alors, nous cherchons des passerelles qui comblent les silences et gardent le lien visuel. On imagine une sorte de chorégraphie des signes sans être dans la danse. C’est l’une des variantes possibles du chansigne : certains dansent en signant, d’autres pas. Bruno est ancré sur scène, sa danse se déploie essentiellement par le haut du corps. Nous répétons tous les deux à partir d’enregistrements sonores.

Enfin, nous nous retrouvons en groupe pour tester le tout : ça passe ou ça casse? Chaque chanson a sa rythmique propre mais la musique en live peut se jouer plus ou moins vite, de manière plus ou moins intense et ce n’est jamais la même chose à chaque fois. Tellement d’éléments vont influer sur la manière de jouer, de chanter, de chansigner. Tout est éminemment vivant, incarné par de l’humain pour de l’humain. Seuls les enregistrements fixent un cadre intouchable. Sur  scène, c’est une osmose qui se construit collectivement à force de  répétitions. Bruno va ressentir la musique via les amplis basse, les mouvements énergiques du batteur, les engagements corporels de Mimi au cajon, à la guitare ou au piano.  Nous mettons en place des repères (savoir quand le morceau commence, quand  je commence à chanter, quand le refrain va commencer). Tous les membres du groupe les partagent.

Ce sont souvent des codes que vous pourrez ne pas voir. Si vous avez pris le temps de lire cet article, vous les chercherez peut-être mais est-ce bien utile? Laissez-vous transporter dans notre double dimension musicale et visuelle !

L’écriture mémotechnique

de la LSF par Bruno

Une création visuelle à part entière

Dessin écriture LSF

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